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The invention of the Moroccan "terres collectives," of the retardation of a rural society

Karsenty A.. 1995. In : Fifth Annual Meeting of the International Association for the Study of Common Property (IASCP) : Proceedings. Washington : IASCP, 13 p.. Common Property Conference IASCP. 5, 1995-05-24/1995-05-28, Bodo (Norvège).

Au début du Protectorat francais au Maroc, certains juristes ont cru découvrir des collectivités agraires possédant toutes les caractéristiques archaiques de ce qu'ils pensaient être la propriété collective. Ils bâtirent une création juridique inédite : une catégorie distincte de terres dotée d'un statut juridique spécifique, qui prendra le nom de "Terres Collectives". La création de cet idéal-type juridico-sociologique se fera en trois temps : - Un énoncé du "modèle" d'organisation des terres collectives autour d'un concentrés de traits caractéristiques archaïques que les sciences sociales de l'époque attribuaient aux sociétés exotiques. - Une protection juridique effective par un statut foncier les rendant inaliénables. Une tentative de "traditionnalisation" de ces collectivités au travers d'un "Règlement de partage" fixant uniformément et égalitairement les règles d'accès à la terre. La démarche de cette création institutionnelle est l'illustration de ce que Bourdieu appelle le "juridisme", c'est-à-dire un système d'analyse qui confond normes et habitus. Les pratiques des paysans du bled jmaâ étaient en réalité fort diverses et se caractérisaient par la coexiistence de plusieurs registres de légitimité. C'est un bel exemple "d'objectivisme anthropologique", c'est-à-dire d'une pensé qui attribue à la réalité les principes du modèle construit pour en rendre compte. Les conséquences furent que : - la "protection" des Terres Collectives a été assez effective, au moins contre la colonisation privée ; - leur délimitation et leur bornage empêchèrent la régulation du système fondé sur un certain équilibre hommes/terres ; - la volonté de conserver les "institutions traditionnelles" a abouti à la cristallisation et à la crise de ces collectivité qui avaient pourtant su précédemment évoluer et stadapter ; - on observe maintenant chez ces paysans un fort état d'esprit individualiste et une nette aspiration à la propriété privée. Cet exemple est à méditer, pour éviter d'enfermer les acteurs dans les règles supposées de leurs "sociétés froides", et pouvoir leur proposer un jeu ouvert, leur laissant leurs pleines capacités d'adaptation.

Mots-clés : terre communale; gestion foncière; maroc

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