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Sciences et développement

Raoult-Wack A.L., Toulouse G., Kahane J.P., Bricas N.. 2000. Sciences (00-2) : p. 23-28.

Les pays en développement, le plus souvent à dominante agricole, doivent actuellement s'adapter à des changements socio-économiques extrêmement rapides (urbanisation, accroissement démographique, internationalisation des échanges) etfaireface à de gravesproblèmes de sécurité alimentaire, de santé despopulations, depauvreté et de dégradation de leur environnement. Face à de tels enjeux, le développement de ces pays se heurte généralement, par delà les obstacles économiques etpolitiques, à l'insuffisance de leurs ressources scientifiques et techniques dans de nombreux domaines. Au Nord, le problème ne se pose pas dans les mêmes termes. Dotés de dispositifs scientifiques puissants, les pays du Nord doivent cependant désormais s'inquiéter des disparités sociales croissantes et des phénomènes d'exclusion de certaines catégories de population, ainsi que des effets perturbateurs de l'insuffisante maîtrise de leur développement industriel et technologique sur l'environnement et les sociétés. En ce qui concerne la coopération, un vaste répertoire d'expériences existe entre le Nord et le Sud. Ces initiatives nombreuses ne doivent pas masquer des tendances alarmantes, susceptibles d'aller dans le sens d'un affaiblissement des échanges de coopération scientifique et/ou d'une exclusion des pays les plus en difficulté (diminution globale des aides au développement; recentrage des interventions sur les quelques pays émergents ou potentiellement les plus porteurs au plan économique ; évolution des pratiques et procédures de protection, accaparement par des laboratoires du Nord des cerveaux du Sud et de lEst dans un contexte de crise de leurs institutions de recherche, etc.). Tout ceci entraîne un dialogue Nord-Sud déséquilibré, un malaise grandissant, et une remise en question en profondeur des principes et de l'éthique des pratiques scientifiques tournées vers le développement et la coopération. Historiquement, la coopération scientifique a été essentiellement axée sur une logique de transfert de connaissances (ex. : transfert de technologie), et de substitution (recherche "tropicaliste" faite par les scientifiques du Nord dans lespays du Sud), ces deux logiques s'inscrivant dans un contexte de très grande faiblesse des dispositifs scientifiques au Sud. L'enjeu, pour un nouvel engagement de la science au XXIe siècle, est donc de trouver de nouvelles modalités pour évoluer de ces logiques historiques vers une nouvelle logique de partage de la science, notamment en centrant la coopération sur la "construction commune des connaissances" (ce qui va bien au-delà d'un simple partage des connaissances). Quelques propositions et recommandations sont données pour aller dans ce sens. (Résumé d'auteur)

Mots-clés : politique de développement; Éthique; politique de la recherche; pays développé; pays en développement; coopération internationale

Thématique : Recherche agronomique; Economie et politique du développement

Article de revue

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