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Microfinance en situation de crise : le cas des populations déplacées en Colombie

Bouquet E.. 2005. BIM - Bulletin d'Information du Mardi (9) : 4 p..

Le conflit armé qui oppose, selon des configurations mouvantes, l'armée régulière et les différentes factions de la guérilla et des paramilitaires en Colombie a généré d'importants flux de populations qui fuient les zones de violences pour se rapprocher des villes, généralement plus sûres. Les estimations du nombre de personnes déplacées (pour reprendre la terminologie en vigueur en Colombie) se situent entre 1,5 (données officielles) et 3 millions (selon certains organismes humanitaires). Le phénomène semble s'être ralenti depuis 2003, mais n'a pas cessé pour autant. L'arrivée massive de réfugiés dans les villes réceptrices pose un certain nombre de problèmes: - Il s'agit d'une population traumatisée et confrontée à une situation sociale et économique généralement dramatique, la plupart des familles ayant dû abandonner leurs biens ainsi que leurs sources de travail et de revenus. La population d'origine rurale, qui représente une part importante des déplacés en raison du niveau élevé d'insécurité qui règne dans les zones rurales du pays, représente une catégorie particulièrement vulnérable. D'une part, en abandonnant leur exploitation, les agriculteurs laissent derrière eux leur capital productif. D'autre part, leurs compétences professionnelles ne se prêtent pas aisément à une reconversion vers des activités urbaines, d'autant que le niveau moyen d'éducation en zone rurale est relativement faible. - Par ailleurs, les villes réceptrices elles-mêmes ne sont pas préparées à recevoir cet afflux de migrants. L'infrastructure de base est insuffisante et la crise économique conjuguée à la violence interne limite la création d'emplois et les opportunités productives, même pour la population autochtone, ce qui aiguise les tensions avec les nouveaux arrivants. Se posent également de graves problèmes de gouvernance au niveau local, qui se traduisent par l'absence de cohérence et de continuité des politiques publiques, qu'il s'agisse du soutien aux populations déplacées ou plus généralement de développement économique local et de la lutte contre la pauvreté. Dans ce contexte extrêmement défavorable et précaire, à la fois d'un point de vue économique, social, politique et sécuritaire, il existe cependant un certain nombre d'institutions de micro-finance qui ont fait récemment le choix d'inclure les populations déplacées dans leur champ d'action. Ces interventions s'inscrivent généralement dans le cadre de programmes plus globaux d'appui aux déplacés: - fourniture des services essentiels (habitat, nutrition, santé, éducation, soutien psychologique), - renforcement communautaire et insertion dans les communautés réceptrices, - développement économique à travers la réinsertion professionnelle et la création de sources de revenus. La voie de la micro-entreprise est privilégiée en raison de la dépression économique et du déficit en emplois formels, et la microfinance intervient comme instrument au service de cette stratégie. En ce qui concerne plus particulièrement les activités de micro-finance, on se situe clairement ici dans une problématique de front pionnier par rapport au cadre dominant. L'objectif de ce BlM est de brosser à grands traits le tableau des principaux acteurs en présence, ainsi que des problèmes qui se posent et des leçons qui peuvent être tirées de ces expériences. (Résumé d'auteur)

Thématique : Investissements, financement et crédit

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