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L'appui à l'hévéaculture familiale. Capitalisation sur l'expérience de l'AFD : Etude de cas : rapport Côte d'Ivoire - Novembre 2008. Le processus d'innovation dans la région de Gagnoa

Ruf F.. 2009. Paris : AFD, 57 p.. (Série Evaluation et capitalisation : AFD, 26).

La culture de l'hévéa en Côte d'Ivoire démarre dans les années 50 à l'initiative de sociétés privées. La première tentative de l'introduire en agriculture familiale date des années 70, avec un appui timide des politiques publiques, alors plus préoccupées de cacao. Les politiques se renforcent néanmoins, dans les années 80, en partie portées par les bailleurs de fonds. L'hévéaculture familiale témoigne alors d'une certaine dynamique. Puis au début des années 1990, les vents de la libéralisation entraînent le désengagement de l'Etat. Bien des observateurs s'attendent à un effondrement de la production villageoise. Au contraire, les investissements reprennent de plus belle, hors-projet, sans aide publique. En 2008, la Côte d'Ivoire produit 200.000 tonnes dont plus de la moitié par les plantations familiales. La question de l'efficacité des projets et des politiques publiques, au regard des dynamiques spontanées, est posée. En corollaire, comment expliquer des dynamiques d'adoption spontanées aussi fortes ? L'appel du marché serait suffisamment puissant ? Ces questions sont traitées dans la région de Gagnoa, dans le centre-ouest de la Côte d'Ivoire, région qui a bénéficié d'un des derniers projets officiels, de 1988 à 1990. L'enquête est conduite dans 5 villages, sur 350 exploitations en 2008, un échantillon construit à partir d'une première enquête conduite en 2000, auprès de 100 planteurs ayant déjà adopté l'hévéa à l'époque. L'étude porte sur les conditions qui ont permis aux planteurs d'adopter l'hévéa malgré l'arrêt des projets. Les résultats confirment l'importance du marché, à travers la hausse des prix du caoutchouc, la baisse du prix du cacao, et surtout à travers la soudaine hausse des revenus des premiers adoptants de l'hévéaculture, entraînant de forts effets d'imitation par leurs voisins. Ces phénomènes sont relativement bien connus dans les économies de plantation familiales, mais renforcés ici par une conjonction du cycle de l'hévéa (7 ans avant l'entrée en production) et les cycles de prix. Mais surtout, l'étude évoque un mécanisme boserupien jouant en très forte interaction avec le marché. L'agriculture familiale se lance dans l'hévéaculture, en partie en réponse au blocage de l'économie cacaoyère. Les planteurs de cacao redécouvrent les difficultés de la replantation cacaoyère, la difficulté à lutter contre les baisses de rendement et de revenus. La pression migratoire sur l'environnement forestier a usé le milieu naturel, consommé la rente forêt, et l'hévéa apparaît comme une des meilleurs solutions pour remonter les revenus. Ces processus de diversification et d'innovation tiennent donc au moins autant au changement structurel du milieu lié au déroulement du cycle du cacao et de son lot de migrations, son lot de déforestation, qu'à des mécanismes de marché et des politiques publiques. Néanmoins, cette interaction entre changement économique, démographique et changement écologique, permet de démultiplier les effets des projets initiaux, par un facteur au moins égal à 4 sur 15 ans. Même si un tel projet coûte cher, il est amorti par les multiplicateurs d'investissement que représentent les hausses de prix, les effets d'imitations et la nécessité de lutter contre la baisse des rendements et revenus du cacao. Au final, au niveau national, la question des remboursements des crédits par les petits planteurs, pionniers de l'innovation hévéa, lesquels ont pris des risques pour les autres, est presque secondaire....

Mots-clés : hevea brasiliensis; theobroma cacao; côte d'ivoire

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