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A la recherche des politiques rurales en Nouvelle-Calédonie : Trajectoires des institutions et représentations locales des enjeux de développement (1853-2004)

Sourisseau J.M., Pestana G., Gaillard C., Bouard S., Mennesson T.. 2010. Païta : Ed. IAC, 112 p..

L'étude des trajectoires des politiques rurales en Nouvelle-Calédonie vise à expliciter leur construction locale. L'analyse est réalisée en mobilisant les concepts de référentiel et de dépendance au sentier, ainsi que les notions articulées d'idées, d'intérêts, d'institutions et d'instruments. Sont étudiées ici les trajectoires des institutions et des enjeux locaux du développement rural depuis la prise de possession française en 1853 jusqu'en 2004, année d'élection qui marque l'avènement du développement durable dans les débats sur les politiques locales de développement. La colonisation marque une première bifurcation : le choix d'une colonie de peuplement, axé sur le bagne d'un côté, et sur la colonisation libre de l'autre. Par ce choix, les questions foncières et démographiques deviennent stratégiques dans les orientations politiques. Outre le principe d'autonomie financière, deux référentiels structurent alors les décisions politiques : le référentiel d'équilibre métropolitain (qui prend soin, par diverses mesures, de se protéger des influences extérieures) et un libéralisme issu du modèle anglais (lorsque la compétitivité est favorable). Les politiques rurales reflètent, quant à elles, surtout attermoiements et hésitations ; elles visent davantage l'accaparement foncier que des objectifs de production. De fait, l'archipel a des possibilités de mise en valeur agricole réduites et sa métropole n'a pas réellement pour lui, au-delà des discours, de stratégie rurale affirmée. Un dualisme des politiques publiques, lui aussi inhérent au choix du peuplement, se met en place. Les Kanak sont marginalisés suite aux spoliations foncières et à l'instauration du code de l'indigénat. Après 1946, le référentiel local de développement correspond partiellement au libéralisme fortement régulé par les interventions étatiques qui prévaut à l'échelle internationale. Localement, le mythe de la colonisation agricole à grande échelle a vécu tandis que le secteur de la mine dans les enjeux économiques et politiques s'affirme. La modernisation des exploitations familiales durablement installées, bien que prônée et encouragée, ne s'amorce pas. Le dualisme se poursuit, se traduisant dans le secteur agricole par des aides destinées à l'agriculture européenne, notamment à l'élevage, filière toujours stratégique, et par une marginalisation toujours forte du monde kanak, malgré le développement du café dans les tribus. Le boom minier de la fin des années 1960 et le contre-boom consécutif provoquent une nouvelle bifurcation : le sentier de dépendance désormais suivi se fonde sur l'affirmation d'une économie dite « assistée », les grands équilibres n'étant garantis que par un recours institutionnalisé aux transferts métropolitains. Le secteur agricole n'est toujours pas stratégique du point de vue économique. Il occupe néanmoins une place importante dans les politiques publiques par sa dimension identitaire et parce qu'il fait toujours vivre un nombre d'actifs élevé. La logique des transferts grève fortement la compétitivité des productions locales et, dès lors, les politiques rurales, toujours duales, privilégient des aides par le marché au détriment des appuis techniques. Dans le même temps, les réflexions autour d'un développement agricole kanak se mettent en place. Les événements de 1984-1988 conduisent à une institutionnalisation du dualisme des politiques publiques via la provincialisation. Le sentier de dépendance est toutefois peu modifié, de par le maintien, voire l'intensification, des transferts financiers depuis la métropole. Les politiques publiques se réorganisent mais restent duales. Les aides sectorielles au monde rural se poursuivent, destinées principalement à une agriculture marchande qui se structure, se diversifie et enregistre, finalement, ses plus importants succès en termes d'intensification. Conjointement, force est de constater que les dispositifs de développement local ciblant dans une approche territoriale le monde rural kan...

Mots-clés : décentralisation; groupe d'intérêt; colonisation rurale; industrie minière; politique agricole; politique de développement; zone rurale; politique; nouvelle-calédonie

Thématique : Économie et politique du développement; Économie et politique agricoles

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