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Collectifs singuliers et singularités collectives. Praticiens et objets de la nature dans les : Le cas du programme de paiements pour services environnementaux (PPSE) au Costa Rica

Demeulenaere E., Goulet F.. 2010. In : Coudel Emilie (ed.), Devautour Hubert (ed.), Soulard Christophe-Toussaint (ed.), Hubert Bernard (ed.). International symposium ISDA 2010. Innovation and sustainable development in agriculture and food : Abstracts and papers. Montpellier : CIRAD, 18 p.. International symposium ISDA 2010, 2010-06-28/2010-07-01, Montpellier (France).

Dans les pays industrialisés, différents mouvements en agriculture se revendiquent d'une alternative à ce qui est couramment décrit comme un modèle dominant, conventionnel, productiviste, intensif. Ces " alternatifs " s'ancrent notamment dans une critique d'un modèle de développement techniciste, et donc, de l'emprise de l'appareil technoscientifique sur la production agricole et la production des innovations en agriculture. Dans les discours et dans les pratiques, ces mouvements et les praticiens qui leur donnent corps mettent en avant en particulier, du fait d'une mise en retrait de la technique, un " retour " de la nature au coeur de la production. La nature est perçue comme intelligente, et sa complexité, sa diversité pensée comme une richesse pour le développement de systèmes productifs et écologiques, plutôt que comme une contrainte qu'il s'agirait de discipliner. La compréhension des mécanismes de la nature et de ses objets, la valorisation de leur complexité et de leur diversité, et de fait les connaissances à la base de cette valorisation, sont envisagées comme des sources de progrès par les défenseurs de ces systèmes agricoles. Dès lors, une question nous anime : en quoi la présence de la nature transforme-t-elle les collectifs au travail, et les formes de production des connaissances ? Si finalement le règne techniciste, correspondant à une nature artificialisée et standardisée, renvoyait à un modèle d'innovation et de production des connaissances qui a souvent été qualifié de fordiste, avec des objets et des pratiques diffusés en l'état, qu'en est-il, alors que tout cela éclate, que le complexe, la diversité et l'imprévisible deviennent les nouveaux piliers productifs ? Quel rapport à la pratique se noue du côté des praticiens aux prises avec cette nature et ces objets, et quelles formes de collectifs émergent et se construisent autour de cette pratique renouvelée par le " retour en force " de la nature et de ses propriétés ? Nous envisageons ces questions à partir de deux études de cas : le mouvement de réhabilitation des " semences paysannes " (notamment structuré autour de l'association Réseau Semences Paysannes) et les courants de promotion des techniques de culture sans labour à la base de " l'agriculture de conservation ". Dans ces collectifs, la recherche conjointe de techniques alternatives dans lesquelles la Nature fait son intrusion et de modes renouvelés de production des connaissances adaptés à cet enjeu, aboutit à des innovations socio-techniques centrées sur la figure du réseau, permettant une communication de pair à pair. Leur exploration révèle des formes originales d'articulation entre individu et collectif, valables tant pour les humains que pour les objets de la nature. Les collectifs socio-techniques qui se dessinent sont en effet singuliers, car les objets de la nature ainsi que la façon dont les agriculteurs font équipe avec eux, sont toujours particuliers, et les formes sociales laissent une grande place à cette diversité d'expériences. En retour, la singularité est collective : elle est pensée comme inhérente aux collectifs formés et se trouve assumée collectivement. C'est dans cet équilibre délicat entre individu-singularité et collectif-universel que se joue la production et le partage de connaissances en régime d'hétérogénéité....

Mots-clés : politique de l'environnement; agriculteur; production de semences; agriculture alternative; groupe d'intérêt; costa rica; service environnemental; agriculture de conservation

Communication de congrès

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