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Le jardin mélanésien et la mondialisation : quand l'agrobiodiversité révèle la dynamique des espaces au Vanuatu

Muller S.. 2010. Strasbourg : Université de Strasbourg, 426 p.. Thèse de doctorat -- Géographie. Géographie humaine.

Les systèmes vivriers du Vanuatu (Mélanésie) reposent sur la culture des plantes à racines et tubercules. Ces plantes, parmi lesquelles certaines comme le taro et l'igname ont été importées dans l'archipel par les premiers migrants il y a au moins 3500 ans, constituent un riche patrimoine biologique et culturel. Héritées des ancêtres, porteuses de culture et de mémoire, elles font l'objet d'une relation intime qui les unit d'une part au biologique et à la nature, d'autre part au social et à la subjectivité humaine. Parce qu'elles sont fortement liées à la société, à l'espace et à la culture, ces plantes constituent un intéressant révélateur des mutations traversées par la société vanuataise. L'évolution des rapports des sociétés à leurs plantes n'est pas indépendante en effet des mutations des structures sociales et spatiales marquées par l'affirmation d'un modèle centre-périphérie, une dépendance accrue du pays vers l'extérieur et un désengagement des sociétés de leur milieu pour s'inscrire dans les cadres plus larges de l'Etat et de la nation. Le décloisonnement des territoires traditionnels se traduit localement par un enrichissement des portefeuilles de variétés cultivées par les groupes. Alors que les variétés traditionnelles les plus nobles tendent à gagner en ville un statut de spécialités locales, les variétés étrangères au patrimoine, parce qu'elles échappent aux pratiques ancestrales codifiées, sont activement exploitées par les horticulteurs qui cherchent à simplifier leurs systèmes de production sous-pression. En dépit de l'intensité des mutations, les agrosystèmes font preuve toutefois d'une étonnante résilience à laquelle s'ajoute une «résilience culturelle». De ce point de vue, tout se passe comme si les Vanuatais se livraient à une tentative de domestication de la mondialisation: face aux nombreux facteurs de déstabilisation, ils manifestent une singulière faculté à se réapproprier les changements pour conforter leur vision du monde. Parce qu'elles sont investies de sens et qu'elles sont intimement liées au territoire, les plantes à racines et tubercules semblent à même d'assumer une importante fonction d'articulation entre le passé, le présent et l'avenir en s'inscrivant à la fois comme «empreinte» et comme «matrice» de l'identité et, à travers elle, de la société et du territoire. (Résumé d'auteur)

Mots-clés : biodiversité; dioscorea alata; plante racine; vanuatu

Thématique : Systèmes et modes de culture; Sociologie rurale et sécurité sociale; Economie et politique du développement

Thèse