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Impact de la diffusion d'une variété améliorée de sorgho au Mali : interaction avec les variétés locales

Kouressy M., Sissoko S., Teme N., Deu M., Vaksmann M., Camara Y., Bazile D., Sako A.F.M., Sidibé A.. 2014. Agronomie, Environnement et Sociétés, 4 (2) : p. 115-123.

Au Sahel, les agriculteurs pratiquent la sélection massale en produisant leurs semences de sorgho dans les champs de culture. Dans un tel agroécosystème, du fait de l'allogamie partielle du sorgho, les variétés peuvent s'intercroiser naturellement entre elles. Dans la zone soudano-sahélienne du Mali, on note la diffusion récente d'une variété améliorée " Jakumbé ", peu photopériodique, de morphologie proche des variétés locales mais nettement plus précoce. Le taux de diffusion de Jakumbé est très imprécis allant, selon les études, de 20 à 90%. L'objectif de ce travail qui combine des résultats d'enquête et des caractérisations phénologiques est d'estimer la diffusion réelle de Jakumbé dans deux villages et les conséquences de cette adoption sur le devenir des variétés traditionnelles. Comme Jakumbé est plus précoce que les variétés locales photopériodiques, la durée du cycle est utilisée pour distinguer les différents cultivars. Les variétés cultivées dans deux villages de la région de Ségou au Mali, Bouawéré et Kagnan, ont été étudiées en 2009 et 2010, quelques années après la vulgarisation de Jakumbé. En 2009, les variétés provenant de 29 champs du village de Bouawéré ont été étudiées avec une date de semis précoce le 8 juin. En 2010, les variétés provenant de 19 champs du village de Kagnan ont été étudiées avec deux dates de semis le 18 juin et le 19 juillet. Les résultats montrent qu'une faible proportion des champs peut être considérée comme composée uniquement de Jakumbé (11 % à Bouawéré comme à Kagnan). La plupart des champs présente une distribution bimodale de la précocité qui identifie un mélange entre les variétés locales et Jakumbé (71% à Bouawéré et 47 % à Kagnan). Le reste des champs porte des variétés locales uniformément plus tardives que Jakumbé (18 % à Bouawéré et 42 % à Kagnan). Comme la morphologie de Jakumbé est proche de celle des variétés locales, les paysans ne sont pas capables d'identifier la présence de mélanges. Sans le savoir, les paysans cultivent donc majoritairement un mélange de variétés traditionnelles et de Jakumbé plus précoce. Cette diffusion rapide de Jakumbé montre l'intérêt des paysans pour les nouvelles variétés précoces proposées par la recherche. Toutefois, la culture de mélanges de variétés pourrait avoir un impact négatif en contribuant au développement de la Cécidomyie (Stenodiplosis sorghicola), un important ravageur du sorgho en Afrique sub-saharienne mais encore peu présent au Mali. (Résumé d'auteur)

Mots-clés : agrobiodiversité; variation génétique; précocité; photopériodicité; adoption de l'innovation; diffusion de la recherche; utilisation; variété indigène; variété; sorghum bicolor; zone soudano-sahélienne; mali

Thématique : Génétique et amélioration des plantes

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