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Intégrer la diversité des savoirs dans IPBES ? Analyse des formes de co-construction des savoirs science-politique dans la nouvelle plateforme intergouvernementale pour la biodiversité, Réseau Thématique 29 ¿ Sciences et techniques en société

Hrabanski M., Pesche D.. 2015. Saint-Quentin-en-Yvelines : Association Française de Sociologie, 2 p.. Congrès de l'association française de Sociologie : La sociologie, une science contre nature?. 6, 2015-06-29/2015-07-02, Saint-Quentin-en-Yvelines (France).

Vingt ans après la mise en place de la Convention sur la diversité biologique, la création de l'IPBES (plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques), en 2012, apparaît comme l'aboutissement d'un long processus de mise à l'agenda de la biodiversité dans les arènes internationales (Pesche et al. 2014). Plus précisément, l'émergence de la plateforme correspond à l'institutionnalisation d'un processus permanent d'évaluation des connaissances, souvent comparé à la success story du GIEC pour le changement climatique (Beck et al. 2014) . L'objectif de l'IPBES est de renforcer l'interface science-politique dans le domaine de la biodiversité et des services écosystémiques " aux fins de la conservation et de l'utilisation durable de la diversité biologique, du bien-être de l'humanité à long terme et du développement durable ". Loin de penser l'IPBES comme la rencontre entre deux mondes clos, le monde de la science d'un côté et le monde politique de l'autre, l'article participe au contraire à l'analyse des formes de co-construction des savoirs science-politique (Pestre 2006, Jasanoff 2004, Jasanoff 2005), et ce à travers l'analyse du fonctionnement de l'IPBES. L'IPBES est en effet une interface science politique, et du fait de sa structure intergouvernementale, elle est gouvernée par l'assemblée plénière des Etats signataires. IPBES semble dès lors inaugurer un régime de sélection des connaissances spécifique (Pestre 2006) . La notion de régime de production des connaissances tel que la propose D.Pestre, englobe l'ensemble des règles et configurations institutionnelles qui régissent les relations entre science et société. Dans la communication, nous privilégierons toutefois la notion de régime de sélection et de mise en forme des connaissances, dans la mesure où l'IPBES ne produit pas de nouvelles connaissances mais s'appuie sur les connaissances existantes sélectionnées selon leur " pertinence " pour l'aide à la décision puis mises en forme à l'attention de publics diversifiés. Le régime de sélection des connaissances dans l'IPBES est basé sur deux canaux. Le premier repose sur la mobilisation de savoirs scientifiques, issus de disciplines différentes (biologie, économie, sociologie¿), sélectionnés et contrôlés par des experts scientifiques puis validés par les Etats. Ce premier canal est celui qui a longtemps prévalu au sein du GIEC. Le second est basé sur l'intégration de différents détenteurs de savoirs (knowledge holders) issus des peuples indigènes, des ONG environnementales et du secteur privé. Depuis sa création, la nouvelle plateforme tente en effet d'intégrer les différents critiques émises à l'encontre du Millenium ecosystem assessement (MEA), l'exercice d'évaluation internationale de la biodiversité qui lui a précédé, en intégrant la diversité des savoirs, qu'ils soient scientifiques ou non. Le cadre analytique du MEA a notamment été vivement critiqué pour sa vision trop "économiciste", "utilitariste" et "globalisante" de la nature. A contrario, l'IPBES et ses groupes d'experts proposent d'intégrer les différentes visions de la Nature et de prendre en compte à la fois l'approche en termes de services écosystémiques mais aussi les dimensions culturelles et sacrées qui peuvent lui être attribuées. Cette vision plurielle de la Nature plaide en faveur d'une ouverture disciplinaire de l'IPBES, qui ne soit pas seulement dominée par les sciences de la Nature mais qui s'ouvre également aux recherches en sciences sociales (Sociologie, Géographie, Anthropologie¿), ainsi qu'aux détenteurs de savoirs locaux et autochtones. Basée sur des entretiens semi-directifs réalisés auprès des différents experts en sciences humaines (sociologues, anthropologues, ethnologues, géographes) impliqués dans l'IPBES ainsi que sur des observations ethnographiques des plénières de l'IPBES (Antalya en 2014 et Bonn en janvier 2015), la communication se propose 1-d'analyser la place des chercheurs en sciences humaines da...

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