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Facteurs biologiques et structuraux de l'invasion de la liane Merremia peltata dans les habitats forestiers de Mayotte

Tassin J., Laizé A.. 2015. Revue d'Ecologie (Terre et Vie). Supplément, 70 : p. 151-161.

Les lianes sont en général des éléments hyperdynamiques de la végétation tropicale qui réagissent fortement aux changements de structure des peuplements. À Mayotte (océan Indien occidental), la liane indigène Merremia peltata (Convolvulaceae) a fortement étendu son aire de répartition depuis quelques décennies et provoque parfois l'effondrement de la canopée forestière. Des relevés ont été assurés dans 52 placettes circulaires de 4 m de rayon disposées au sein de la forêt domaniale de Voundzé et de la forêt départementale des Monts Bénara, et recouvrant un gradient écologique d'enlianement à M. peltata, depuis des zones indemnes jusqu'à des situations localement très fortement enlianées. Les modes de propagation de la liane, la structure verticale des peuplements forestiers, mais aussi des paramètres d'ordre topographique y ont été relevés et quantifiés. Aucune plantule issue de reproduction sexuée n'a été observée. En revanche, les tiges rampantes, dont l'abondance est traduite par une densité s'élevant à 1,9 points d'interception par mètre linéaire, se révèlent systématiquement marcottées au sol. Un ensemble de 37 espèces végétales indigènes ont été recensées comme pouvant servir de support à cette liane, la plus fréquente étant Grisollea myrianthea. À partir de l'hôte primaire, dont le diamètre moyen et l'écart-type à 1,30 m sont de 6,0 et 4,9 cm, la liane rejoint un autre support en moyenne éloigné de 97 cm. L'indice d'enlianement et l'indice de structure forestière que nous avons utilisés, sommant les taux de recouvrement selon diverses strates de végétation, se sont révélés négativement corrélés (n = 52, coefficient de corrélation linéaire de Pearson r = - 0,319, P < 0,05). Les faciès de forêts dites naturelles, à structure verticale complexe, étaient de fait moins enlianés que les faciès relevant de forêts secondaires, à structure verticale plus lâche. La corrélation négative observée entre le même indice d'enlianement et l'altitude (n = 35, coefficient de corrélation linéaire de Pearson r = - 0,439, P < 0,05) s'interprète comme une relation se confondant avec la précédente, les forêts naturelles étant situées en altitude, contrairement aux forêts secondaires. L'enlianement des écosystèmes forestiers par M. peltata est donc facilité par une aptitude élevée à la propagation végétative, conjuguée à une plus forte propension des forêts secondaires à être colonisées. L'incertitude demeure quant au devenir des sites où cette liane a entraîné l'effondrement des peuplements forestiers. Seuls des écosystèmes inédits mêlés d'essences allogènes semblent pouvoir en émerger. (Résumé d'auteur)

Mots-clés : multiplication végétative; forêt secondaire; altitude; dynamique des populations; composition botanique; distribution géographique; plante parasite; plante grimpante; écosystème forestier; forêt tropicale; forêt; mayotte; enlianement; canopée; liane; merremia peltata

Thématique : Foresterie - Considérations générales; Ecologie végétale; Physiologie végétale : croissance et développement; Physiologie végétale : reproduction; Dégâts causés aux forêts et leur protection

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