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Mise en évidence d'une dégradation naturelle de la chlordécone avec libération dans l'environnement de produits de transformation chlorés

Della-Negra O., Muselet D., Chaussonnerie S., Mottes C., Rangon L., Chevallier M., Barbance A., Fouteau S., Vuilleumier S., Imfeld G., Woignier T., Saaidi P.L., Le Paslier D.. 2019. Montpellier : s.n., 2 p.. Congrès du Groupe Français de recherche sur les Pesticides. 49, 2019-05-21/2019-05-24, Montpellier (France).

La chlordécone est un insecticide organochloré classé parmi les Polluants Organiques Persistants, qui a massivement été utilisé aux Antilles Françaises de 1972 à 1993. Son utilisation extensive et sa persistance entraînent aujourd'hui de graves problèmes de santé publique (augmentation des risques de cancer, effet sur le développement cognitif et moteur des enfants, naissances prématurées) et socio-économiques (disparition de certaines activités professionnelles, disparition des filières courtes d'approvisionnement). Jusqu'à présent, la chlordécone était considérée comme non-dégradable dans l'environnement, de par les quantités importantes encore retrouvées de nos jours dans les sols (0-15 mg/kg sol sec) et la quasi-absence de produits dérivés de la chlordécone dans les sols (seuls le chlordécol et la 8-monohydrochlordécone, contaminants connus des formulations commerciales de la chlordécone, sont détectés à des concentrations nettement inférieures à celle de la chlordécone). Une double analyse GC- et LC-MS a permis de mettre en évidence la présence de plusieurs produits de transformation (PT) de la chlordécone, dans tous les échantillons environnementaux analysés et contaminés par la dite molécule. Ainsi 17 PT appartenant à plusieurs familles de structures chimiques différentes nommées A, B, C et E ont été détectés (A : hydrochlordécone, B : polychloroindène, C : acide polychloroindène carboxylique, D : polychloroindène carboxylate de méthyle, E : polychloroindène carboxylate d'éthyle). Certains d'entre eux appartenant aux familles B et C ont de plus été retrouvés à des concentrations avoisinant celles de la chlordécone (de l'ordre du mg/kg de sol). Des résultats similaires ont également été obtenus avec d'autres échantillons de type sédiments, cendres et ponces, eau de rivière et de mangrove, ce qui nous a permis de conforter ces résultats. A partir de trois sols (andosol, nitisol, ferralsol), nous avons également réalisés avec succès des expériences de dégradation de la chlordécone. Ce résultat nous a ainsi permis de conforter nos précédentes observations et montrer que ces échantillons de sol possédaient bien chacun une capacité intrinsèque à dégrader la chlordécone. Nos résultats modifient fondamentalement la vision de la pollution par la chlordécone aux Antilles : une dégradation naturelle est bien opérante et conduit à la libération dans l'environnement de quantités significatives de PT. Ceci remet en question le paradigme communément admis de la persistance de la chlordécone à l'échelle de dizaines voire centaines d'années et soulève de nombreuses questions concernant ses PT du point de vue de leur propre persistance et de leur toxicité.

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