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Regard d'un agro-malherbologue coton et canne à sucre du Cirad sur la poussée des herbicides au Nord-Cameroun - 44 ans déjà ! - et dans les zones cotonnières africaines

Martin J.. 2019. Paris : s.n., 14 p.. Séminaire Geocoton 2019. 11, 2019-09-23/2019-09-27, Paris (France).

Dans les unités de recherche du CIRAD, l'agroécologie fédère la plupart des projets en partenariat. Avec notamment des couverts de plantes de service introduits dans les systèmes de culture pour une agriculture plus durable, moins dépendante des intrants chimiques et climatiquement intelligente. Le tout idéalement sans labour et sans herbicides, pour préserver l'environnement et la santé des gens. Cependant en Afrique, la vaine pâture, pratique socialement intelligente datant d'une époque révolue à faibles densités de population humaine et bétaillère, reste un obstacle à l'adoption à des plantes de service. Par contre, l'agriculture familiale a massivement adopté les motos asiatiques, la téléphonie mobile et les herbicides génériques. Car cultiver, c'est élever et choyer les plantes cultivées au détriment des adventices opportunistes qui profitent des espaces ouverts, des nutriments libérés par les labours et par les engrais. Or les bras pour cultiver à la houe ou tenir des mancherons se font rares alors que les progrès de la moto-mécanisation restent encore modestes. Ainsi, tuteurés par les sociétés cotonnières et les organisations de producteurs, les herbicides génériques se sont banalisés et sont devenus en quatre décennies un intrant stratégique majeur plébiscité en agriculture familiale pour le coton et les cultures vivrières marchandes ou d'autoconsommation, et au Cameroun pour le sorgho repiqué de contre-saison. Les herbicides génériques en oeuvre en Afrique ont été retirés en Europe et le dernier d'entre eux, le glyphosate, sous énorme pression médiatique, risque à son tour de sévères restrictions. Cependant, l'Afrique dispose d'instances de régulation phytosanitaire inter-états et nationales. Les états africains sont à même d'aviser en considérant sereinement ce qu'il en est dans d'autres puissances agricoles des zones tempérées et tropicales, elles aussi soucieuses de leur environnement et de la santé de leurs populations, pour évaluer dans leur contexte toutes les facettes des problèmes et in fine décider souverainement. Car à l'instar des médicaments essentiels préconisés par le Bureau africain de l'OMS pour les hôpitaux de district, certains herbicides génériques ne mériteraient-ils pas d'être considérés aussi comme un bien commun à gérer au mieux dans l'intérêt général ? L'agrochimie n'étant plus de mise au Cirad, il ne reste plus guère de spécialistes en phytopharmacie pour porter et défendre cette approche coût-bénéfice pragmatique et discernatoire.

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