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Lait, commerce et développement au Sahel : impacts socioéconomiques et environnementaux de l'importation des mélanges MGV européens en Afrique de l'Ouest

Duteurtre G., Corniaux C., De Palmas A.. 2020. Montpellier : CIRAD, 74 p..

1. Depuis 2018, un consortium d'organisations de la société civile ouest-africaine et d'ONG européennes mène des activités de plaidoyer pour créer un cadre politique propice au développement durable et équitable des chaînes de valeurs laitières locales en Afrique de l'Ouest. Il s'agit de veiller à ce que les politiques agricoles et commerciales et les pratiques d'investissement des entreprises soient compatibles avec les objectifs de développement durable de l'ONU, et avec des règles commerciales équitables et responsables. 2. De fait, depuis une vingtaine d'années, les politiques commerciales mises en place dans les pays ouest-africains ont favorisé l'importation de lait en poudre européen à bas prix. Mais depuis 10 ans, les importations de poudre de lait ont été progressivement remplacées par des produits d'un type nouveau : les mélanges de poudre de lait écrémé et de graisse végétale en poudre. Ces " mélanges MGV ", pour une grande part originaires d'Europe, ont représenté en 2019 plus des 2/3 de importations laitières ouest-africaines. Ces produits ont généré un certain nombre de controverses relatives à leur étiquetage, à leur qualité nutritionnelle et à leurs impacts environnementaux et sociaux. 3. Afin d'éclairer ces controverses, et de renforcer l'argumentaire des organisations professionnelles d'éleveurs et de pasteurs, la présente étude fait le point sur les connaissances disponibles sur les impacts socio-économiques et environnementaux comparés des différentes matières premières laitières utilisées dans la chaîne de valeur laitière locale. La comparaison est faite selon un ensemble de critères socio-économiques et environnementaux, qui incluent le revenu, l'emploi, le développement rural, la sécurité nutritionnelle, et la préservation de l'environnement. Jusqu'à présent, il n'existait aucun travail synthétique qui puisse donner une image complète pour faire cette analyse comparative. 4. L'étude permet de fournir un certain nombre d'indicateurs au vu des données déjà publiées. Mais elle identifie aussi les travaux de recherche nécessaires pour compléter ces connaissances et pour répondre aux questions soulevées par cette situation inédite. Cette revue souligne aussi que les stratégies de développement durable nécessitent des arbitrages entre plusieurs objectifs et doivent donc être guidées par plusieurs indicateurs. 5. Les poudres importées apparaissent, en effet, particulièrement efficaces pour fournir aux industries une matière première bon marché, et pour leur permettre de répondre à la croissance rapide de la demande. Ces importations représentent aujourd'hui 40 % du disponible laitier dans la région, et jusqu'à 90% dans certaines villes côtières comme Dakar. Ces importations ont ainsi permis l'émergence d'un secteur de la transformation laitière ouest-africain qui a créé de nombreux emplois urbains, et qui a permis la mise sur le marché de produits laitiers transformés bon marchés. La consommation moyenne par habitant a pu se maintenir à 20 kg/hab./an (> 50 kg/hab/an dans les pays sahéliens) malgré la croissance rapide de la population, et l'urbanisation soutenue. Les importations de poudre ont aussi contribué à sécuriser les emplois européens dans le secteur de la production et de la transformation, dans le cadre d'une stratégie de conquête des marchés à l'exportation. 5 6. Cependant, les objectifs économiques et sociaux qui ont justifié l'essor de ces importations ont éclipsé un certain nombre d'autres objectifs pourtant essentiels au développement durable en Afrique. En particulier, le rôle de l'élevage local dans la création d'emplois en zone rurale a été oublié, alors que des millions de familles pastorales et agro-pastorales produisent du lait dans la région. On estime aujourd'hui que seulement 20 000 familles d'éleveurs sont concernées par la collecte de lait industrielle en Afrique de l'Ouest, alors que le potentiel est bien supérieur. Et la part du lait collecté varie entre seulement 1 et 7 % du tota...

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