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La lutte contre la déforestation en Afrique Centrale : victime de l'oubli du politique?

Ogolo S., Karsenty A.. 2011. Ecologie Politique (42) : p. 71-80.

La lutte contre les changements climatiques met la question des forêts tropicales à un rang très élevé dans l'agenda des négociations internationales sur l'environnement. L'intégration de la déforestation dans la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) comme source majeure de réduction des émissions de CO2, confirme ainsi que le processus de structuration d'un régime international sur les forêts est en marche. La dernière étape en date de ce processus est le mécanisme de réduction des émissions dues à la déforestation et à la dégradation des forêts (REDD+). REDD a été proposé initialement en 2003, puis a été sujet à diverses négociations onusiennes sur le climat, notamment la 13e Conférence des Parties (CdP) de 2007 à Bali. Depuis, REDD a évolué et tente de se structurer au fil des conférences. Ce mécanisme a vu le champ de ses activités s'élargir, et est devenu REDD+ lors de la 15e CdP à Copenhague. L'élargissement de son périmètre au reboisement, à la gestion forestière et à la conservation des forêts marque la prééminence d'un agenda " carbone " sur l'agenda " biodiversité ". De même, la mention explicite de la gestion forestière, c'est-à-dire l'exploitation du bois, a conduit plusieurs ONG à rejeter le mécanisme dans sa forme REDD " plus ". La 16e CdP, qui a eu lieu à Cancún en 2010, a marqué l'adoption formelle de cette nouvelle version REDD+ dont l'ambition politique est d'impliquer les pays forestiers du Sud dans un mécanisme incitant à réduire la déforestation. Les pays tropicaux à faible taux de déboisement, comme ceux du bassin du Congo, sont les plus concernés par cet élargissement (voir encadré). REDD+ repose sur l'hypothèse qu'une réduction des émissions de CO2 dues à la déforestation est possible à faible coût. La condition étant que les pays du Nord (principaux émetteurs historiques de CO2) versent des incitations financières aux pays tropicaux. Le but est d'obtenir de ces pays souverains sur leurs ressources naturelles, qu'ils infléchissent leurs politiques sectorielles agroforestières et minières en faveur de la conservation des forêts. Cette idée soulève plusieurs questions : ces pays, pour la plupart en crise institutionnelle plus ou moins profonde, sont-ils réellement capables de réagir positivement à ce type d'incitation, comme pourrait le faire un agriculteur ou une entreprise ? Suffit-il de verser une rente (carbone) à ces États, réputés " fragiles ", pour qu'ils soient en mesure, d'abord de prendre la décision de réduire la déforestation, puis de mettre en oeuvre les politiques et mesures permettant d'agir sur une dynamique dont les causes structurelles semblent échapper à leur contrôle ? (Résumé d'auteur)

Mots-clés : changement climatique; gestion des ressources naturelles; déboisement; forêt tropicale; afrique centrale; fleuve congo; déforestation

Thématique : Conservation de la nature et ressources foncières; Foresterie - Considérations générales; Dégâts causés aux forêts et leur protection

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