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Perception de la banquette antiérosive fruitière par les utilisateurs dans le Moyen Atlas (Maroc)

Peltier R., Sabir M., Lilin C., Oddi A., Schneider F., Amia F., Kübler D., Wiesinger T.K., Mengome Ango A.Y.. 2012. In : Roose Eric (ed.), Duchaufour Hervé (ed.), De Noni Georges (ed.). Lutte antiérosive : réhabilitation des sols tropicaux et protection contre les pluies exceptionnelles. Marseille : IRD [Marseille], 1 Cd-Rom. (Colloques et séminaires).

La banquette fruitière " est une méthode qui consiste à creuser des fossés d'environ 50 cm de largeur et de profondeur, en courbe de niveau, au fond desquels sont plantés des arbres fruitiers. Elle a été largement utilisée au Maroc depuis des décennies et diffusées par le projet européen de développement participatif du Moyen Atlas Central, qui en a fait installer 97 km sur 212 ha, entre 2005 et 2007. Méthode : Au cours du mois de février 2007, des enquêtes ont été réalisées auprès de 16 paysans de la région de Khénifra, Moyen-Atlas, pour déterminer quelle était leur perception de la technique et quelles améliorations ou alternatives ils pouvaient proposer. Les enquêtes ont été croisées avec autant de visites de terrain et avec des entretiens avec des personnes ressource. Résultats : Les paysans, dans leur ensemble, portent un grand intérêt aux fruitiers. En effet, ces agro-pasteurs " berbères ", assez récemment sédentarisés, vivent traditionnellement de l'élevage du mouton et de la culture des céréales. L'arboriculture des pommes, des amandes et des olives peut leur permettre d'obtenir des revenus monétaires beaucoup plus importants. C'est en raison de cet intérêt pour l'arboriculture que les agriculteurs acceptent le creusement des banquettes par le projet, dans leurs champs, d'autant plus qu'il subventionne également l'achat des plants et leur mise en place. Mais très peu sont convaincus par l'efficacité antiérosive des banquettes qui, étant en courbe de niveau, sont mal adaptées à l'irrigation gravitaire et qui se révèlent sensibles, en cas de fortes précipitations et de piétinement du bétail, en particulier sur fortes pentes. Lorsqu'ils réalisent eux-mêmes les travaux, certains arboriculteurs préfèrent entourer les arbres par un fossé peu profond en demi-lune, dont le bourrelet aval est renforcé par un mur en pierres sèches, ce qui forme une terrasse individuelle pour chaque arbre. Elles peuvent alors être disposées le long de fossés d'irrigation en légère pente. En cas de fortes pluies, l'eau en excès peut s'écouler entre les terrasses individuelles, sans les détruire. On remarque, en outre, que seuls les plus aisés des arboriculteurs, en particulier d'anciens émigrés, peuvent assurer l'irrigation, la taille et les traitements. Discussion et conclusion : Il apparaît ainsi que le " paquet technologique banquette + arboriculture ", apporté par le projet, a été bien accepté en raison de sa quasi-gratuité, malgré les inconvénients voire les dangers de la technique antiérosive choisie. Ce faisant, le projet a certainement accéléré l'évolution des systèmes agraires traditionnels et leur ouverture vers l'économie de marché. Il reste à espérer que ces néo-arboriculteurs sauront développer des techniques plus diversifiées et donc plus durables, après la fin du projet. Au niveau de l'approche projet, les auteurs pensent qu'il aurait été plus efficace de dissocier les messages portant sur l'érosion et sur l'arboriculture, et de travailler sur une plus longue durée, en tenant compte des savoirs traditionnels et en assurant l'accompagnement et la formation des agriculteurs. (Résumé d'auteur)

Mots-clés : comportement humain; enquête sur exploitations agricoles; adoption de l'innovation; travail du sol; lutte antiérosion; pratique culturale; culture fruitière; maroc

Thématique : Façons culturales; Erosion, conservation et récupération des sols; Economie et politique du développement

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