Idée reçue n° 8 : Il est impossible de généraliser l'agriculture biologique
Fouilleux E.. 2025. In : Trèves Viviane (ed.). Agroécologie : Dépasser les idées reçues : 15 controverses éclairées par la science pour avancer sur les transitions agricoles et alimentaires. Paris : Le Lierre, p. 88-101.
La part de la SAU en agriculture biologique (AB) de la France la place au 14eme rang de l'UE et une grande partie des produits bios consommés en France est importée. Les marges de développement du marché sont ainsi importantes. Mais l'expansion de l'AB est limitée par les politiques publiques, qui l'abordent comme un marché de niche en marge du système conventionnel (certification et label) plutôt que comme une option agronomique à promouvoir. Alors qu'elles soutiennent massivement l'agriculture conventionnelle, les aides publiques défavorisent l'AB, qui ne touche que 3,4 % des aides agricoles en 2024, pour 10% de la SAU et 14% des agriculteurs. Ces aides visent essentiellement la période de conversion des agriculteurs et ne rétribuent que marginalement les services environnementaux et sanitaires rendus par l'AB. De plus, dérogeant à leur logique historique de segmentation des marchés de la qualité alimentaire, les pouvoirs publics promeuvent désormais des certifications environnementales concurrentes (notamment HVE), aux exigences bien moindres, qui brouillent la lisibilité pour les consommateurs et délégitiment l'AB. Les politiques de soutien à la transformation, commercialisation et consommation de produits bios sont aussi insuffisantes. L'agriculture bio ne pourra être généralisée que quand la nécessité de sortir de la dépendance aux intrants chimiques de synthèse sera actée par les pouvoirs publics. Elle pourra alors être abordée dans le débat comme l'option agronomique la mieux-disante sur les plans sanitaire et environnemental, plutôt que comme un marché de niche.
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